La liste noire de Sarkozy

Écrit par – 30 août 2010

Un petit article pour me rappeler que j’existe.

J’ai été agréablement surpris il y a deux jours d’apprendre que mes deux personnalités préférées du PAF étaient également les deux cibles actuelles de Sarkozy à la télévision, comme « les plus sceptiques vis-à-vis de l’action du Président ». Ces deux personnalités sont bien sûr le journaliste du Figaro Eric Zemmour et le présentateur Laurent Ruquier.

Zemmour, bien que de droite, n’a jamais caché son aversion pour le système UMP, et il n’hésite pas de s’appuyer dès qu’il le peut sur sa grande culture politique pour émettre critiques et jugements ; de son côté, Ruquier est l’un des rares présentateurs télé à assumer ses penchants à gauche (bien que le monde du Paf soit un peu comme celui des fonctionnaires de l’Education Nationale, très porté à gauche). Et personne n’ignore que Zemmour officie sur France 2 justement dans l’émission de Ruquier, en tant que chroniqueurs. D’ailleurs On n’est pas couché tend à devenir la seule émission intéressante de l’hertzien. Hasard ?

Après un été chargé en gesticulations diverses, Sarkozy persiste et signe, donc. Non content de proposer des lois ouvertement anticonstitutionnelles ou de se taper l’affiche devant le reste du monde en se gargarisant de renvoyer des Roms « chez eux » (en fait, en les payant quelques centaines d’euros pour leur permettre de faire un aller retour Budapest – Paris, histoire de faire un petit coucou à la famille), il n’hésite pas à « transmettre ses voeux » au patron de France Télévision comme dans les bonnes heures de l’ORTF. Ben voyons.

Sarkozy en a aussi profité pour communiquer ses « favoris » : Nicolas 1er affectionnerait particulièrement les frères Bogdanov. Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, ce sont les jumeaux qui servent de caution scientifique à TF1 et qui n’ont pas hésité à se faire diplômer d’une branche de la physique fondamentale qu’ils ont eux-mêmes inventée.

Fort heureusement, Pfimlin, le nouveau patron de France Télé, a l’air de savoir un peu ce qu’il fait, et il a les moyens de résister aux pressions. Un limogeage direct semble impossible, tant le scandale serait grand. Je ne suis pas descendu dans la rue pour les retraites ou pour la réforme des universités, mais si on me vire mon Ruquier, alors là je casse tout. Mais le Président peut également décider d’agir de manière plus insidieuse, en réduisant une enveloppe budgétaire par exemple.

Mais laissons-le s’enfoncer encore et encore, pendant les deux ans qu’il lui reste, pour offrir à la gauche une élection vraiment imperdable en 2012.

Heil Synergie-Offizier !

Écrit par – 5 août 2010

Merci à Eolas pour faire ressortir ce magnifique PDF émis par le syndicat de police Synergie-Officiers qui a souhaité réagir à la récente décision du Conseil Constitutionnel concernant la garde à vue.

Le PDF est téléchargeable officiellement ici.

Je le reproduis ici, sans commentaire ou presque, Eolas ayant déjà tout dit. Attention, ça pique les yeux. Le gras est rajouté par moi, pour souligner les passages les plus croustillants.

GAV INCONSTITUTIONNELLE :
ET APRES ?

SYNERGIEOFFICIERS,
prend acte de la décision du Conseil Constitutionnel d’annulation du régime « généraliste » de la garde à vue tout en maintenant les régimes dérogatoires (terrorisme, stupéfiants…) et en s’abstenant de prescriptions précises quant à la refonte des textes en vigueur.

SYNERGIEOFFICIERS
s’étonne que cette décision nébuleuse intervienne alors que le Chef de l’Etat fixe dans le même temps des objectifs ambitieux de lutte contre la délinquance dans un contexte d’explosion de la violence.

SYNERGIEOFFICIERS
voit toutefois en cette décision une conformation hâtive et aveuglément servile à une jurisprudence de la CEDH qui prête encore aujourd’hui à confusion quant au rôle de l’avocat dans la garde à vue.

SYNERGIEOFFICIERS
déplore que l’activisme du lobby des avocats s’exerce au mépris du droit à la sécurité des plus faibles pour la satisfaction commerciale d’une profession libérale, dont le travail ne consiste pas en la manifestation de la vérité mais en l’exonération de la responsabilité de leurs clients, fussent-ils coupables !

SYNERGIEOFFICIERS
exige que les professionnels de l’enquête judiciaire que sont les Officiers de Police soient associés de plein droit aux réflexions de fond qui présideront à la mise en place de la future politique pénale de notre pays, afin que soit préservé le nécessaire équilibre entre droits des victimes, nécessité de l’enquête et droits de la défense.

SYNERGIEOFFICIERS
redoute, une fois de plus, que l’intérêt collectif soit sacrifié sur l’autel de principes éthérés au mépris des réalités criminelles contemporaines et des difficultés insupportables qui entravent le travail des policiers pour la manifestation de la vérité.

SYNERGIEOFFICIERS
met en garde nos décideurs sur les conséquences fâcheuses de décisions précipitées et coupées du réel qu’ils devront assumer quand il s’agira d’affronter
les scandales judiciaires à venir (compromission d’enquête, disparition de preuves, pression sur les victimes, représailles sur les témoins…).

Le Bureau National

Sincèrement, je ne comprends pas comment le deuxième syndicat policier de France ose écrire des imbécilités pareilles. On ne leur apprend pas à lire des décisions du Conseil Constitutionnel à l’école de police ?

Comment peut-on qualifier la lutte acharnée que mènent les avocats pour que soient appliqués les droits fondamentaux de la défense, nécessaires dans une démocratie saine, d’ « activisme du lobby des avocats » ? La suite de la phrase se passe de commentaires, c’est tout simplement affligeant de bêtise… « au mépris de la protection des plus faibles ».
Comprendre : attention honnêtes gens, les avocats pourris font tout pour faire blanchir les truands, ils se moquent totalement de la vérité judiciaire, tout ce qui leur importe, c’est que les méchants demeurent impunis !

Je suis atterré par la connerie épaisse d’une telle phrase.

C’est gravissime qu’il y ait encore des flics infoutus de comprendre le sens profond du métier d’avocat, infoutus de comprendre l’importance absolue que peut avoir la jurisprudence de la CEDH qui elle seule permet encore de qualifier la France de grande démocratie européenne, jurisprudence de la CEDH que le CC a d’ailleurs refusé de confirmer en ce qui concerne la position du Ministère Public, mais ça, Synergie-Officiers n’a sûrement pas dû lire l’arrêt du Conseil jusqu’au bout. Ou alors il ne connaît pas la jurisprudence de la CEDH et le rédacteur du communiqué a tout au plus une capa en droit, ce qui est beaucoup plus probable.

Bref, « principes éthérés » (ndr : les droits de la défense), une « décision nébuleuse » (un arrêt du CC tout ce qu’il y a de plus clair, je ne saurais que trop vous conseiller d’apprendre à lire le français)… comme quoi aujourd’hui on peut encore lire des écrits syndicaux qui sentent bon l’extrême-droite et le populisme de cul-de-basse-fosse.

J’ai vraiment hâte de finir mes études pour me retrouver en face d’eux dans les commissariats nancéens.

eRepublik – Simulation d’un monde virtuel grandeur nature

Écrit par – 4 août 2010

A l’origine, j’ai écrit cette courte présentation pour le forum d’Urban Terror France. Continuant sur ma lancée, je copie bêtement ceci sur mon blog.

Bonjour,

Je souhaite vous présenter un jeu auquel je joue depuis deux semaines à présent : eRepublik.
eRepublik est un jeu en ligne, massivement multijoueur, qui se joue par navigateur. Il recrée un véritable monde virtuel, sous de nombreux aspects : militaire, économique, politique, médiatique, social.


Présentation d’eRepublik

Vous incarnez un personnage, un eCitoyen d’un ePays (chaque pays étant découpé en différentes régions, selon la vie réelle) qui peut accomplir différentes tâches au cours de sa journée : travailler, étudier, s’entraîner au combat, se reposer. Vous évoluez en level, vous progressez dans la maîtrise de votre métier selon une barre de niveaux et vous devez gérer votre santé et votre bonheur, qui influent sur votre productivité dans tous les aspects de votre vie virtuelle.
Il y a un « day-change« , c’est-à-dire un moment où votre journée se finit virtuellement et où vous pouvez reprogrammer la journée suivante. La base est minuit en Californie, ce qui donne 9h du matin chez nous.

Role-Play

La particularité d’eRepublik est qu’on peut y jouer en y passant quelques minutes par jour (ces joueurs sont surnommés les “2-clickers”), mais la dimension la plus intéressante est celle du role-play. La notion de role-play vous est peut-être déjà connue, si vous avez déjà joué à un jeu similaire. Beaucoup de joueurs prennent en effet du plaisir à incarner réellement un personnage dans une sorte de ligne directrice, se basant sur des échanges sur le forum de la communauté française (beaucoup plus actif qui celui-ci, par comparaison).
La communauté française est très axée sur le role-play, à l’image des “eFamilles” qui se créent, souvent sur l’idée d’aide aux nouveaux joueurs. Moi, j’ai été adopté par une famille super le jour de mon arrivée dans le jeu !

Véritable monde virtuel

La grande force du jeu est qu’il recrée véritablement un monde dans sa globalité. Tous les pays ou presque sont représentés et interagissent fortement entre eux. Par exemple, il existe plusieurs alliances qui regroupent différents pays selon leurs affinités historiques.
La moindre action d’un gouvernement peut avoir des répercussions importantes au niveau international : des alliances se font et se défont au gré des changements de gouvernements, des trahisons, des take-over (technique consistant à se faire élire dans un pays ennemi afin d’accéder au Congrès et peser dans les décisions politiques ou naturaliser des concitoyens)…

Le jeu compte un peu moins de 400 000 joueurs, dont 10 000 en France, ce qui rend le tout très réactif.

Aspect économique

L’économie est également omniprésente. A partir d’un certain level, chacun peut créer une entreprise, qui va servir à produire les différents biens en vigueur dans le jeu, qui peuvent être soit des matières premières (grain, pétrole, métal…), soit des produits finis qui sont eux-mêmes manufacturés à partir des matières premières (armements divers, nourriture, “tickets de déménagement”…). Avec une entreprise, vous faites travailler les autres joueurs en contrepartie d’un salaire.
Tout est régi par une véritable loi du marché : offres d’emplois, salaires, et bien sûr tous les biens. Cependant, actuellement, le jeu est passé depuis 3 semaines sur la version 2 du jeu, dite ‘Rising’, qui a pas mal chamboulé les choses et les cours sont assez instables.
Chaque pays a également sa monnaie, dont les cours évoluent également au gré du marché en fonction de la monnaie de référence universelle, le Gold. A titre d’exemple, la monnaie française, le FRF, est actuellement une des monnaies la plus forte du jeu (ce qui n’a pas que des avantages pour ceux qui ont des notions d’économie), alors que nous sommes actuellement la 15ème nation dans le jeu, loin derrière les Polonais ou les Serbes par exemple (hé oui, toujours ces polaks…).

Aspect politique

Un autre aspect passionnant est la politique. Chaque pays a un Président, un Congrès, et des partis politiques. L’élection présidentielle a lieu tous les 5 du mois, et les élections du Congrès tous les 25. A chaque fois, cela fait l’occasion d’une campagne électorale que mènent les joueurs impliqués politiquement. Il faut bien sûr faire partie d’un parti. Il en existe un certain nombre, qui vont de l’extrême-gauche anarchiste à l’impérialisme. A noter que seuls les 5 partis les plus importants en terme d’adhérents peuvent prétendre à une représentation au Congrès et présenter un candidat pour les présidentielles, ce qui assure une certaine stabilité du paysage politique dans le jeu.
Le rôle du Gouvernement et du Congrès est de voter des lois, mener des politiques. Cela peut se traduire ‘in-game’, comme la modification du salaire minimum, le niveau de TVA sur les différents produits, les taxes réelles, les taxes à l’importation, l’implantation d’hôpital ou de systèmes de défenses coûteux dans telle ou telle région, les déclarations de guerres, les alliances politiques… Mais cela peut aussi être des mesures plus basées sur le role-play lui-même, comme une aide financière aux nouveaux joueurs, l’organisation de l’armée, que sais-je encore.

Bien sûr, si l’économie ou la politique ne vous intéressent pas, vous pouvez toujours développer votre carrière militaire (qui est un des aspects préférés des joueurs, le module militaire étant très développé dans la nouvelle version du jeu) ou journalistique (vous avez la possibilité de créer un journal, publier des articles…).

Captures d’écran (Oui, les publicités à droite sont des publicités ‘in-game’)

Image
L’écran d’accueil

Image
Mon profil, par exemple


Résultat des élections, vive le KUL !

Remarques

Bien sûr, vous l’aurez compris, le jeu peut se révéler un peu complexe, surtout dans les premiers mois de jeu, mais il y a une documentation assez impressionnante (voir les liens à la fin de ce post). Il y a de nombreux Wiki, une communauté très dévouée, et il existe une API eRep, ce qui a permis à de nombreux sites et bots IRC de développer des outils web utiles dans la gestion de son citoyen.

Pour conclure, je dirais qu’il sagit d’un jeu assez “intellectuel”, où l’on prend du plaisir en s’investissant dans la communauté. Il faut aimer participer sur IRC, lire des pavés sur des forums (suivre les débats publics du Congrès est assez passionnant), en écrire aussi, jouer son role-play, bref, rien à voir avec un FPS comme Urban, bien sûr. La moyenne d’âge du forum français est donc assez élevée (beaucoup, beaucoup plus qu’ici) et le niveau général des discussions vraiment intéressant.
Je n’ai vraiment fait qu’une présentation succincte du jeu, il y a énormément à découvrir.

Toutefois, tout comme UrT, le gros de l’aspect communautaire a lieu sur IRC, mais sur le réseau IRC Rizon (irc.rizon.net).

/!\ Si vous désirez vous lancer dans l’aventure, je me permets de vous faire une tout petite demande. /!\
C’est de vous inscrire par cet URL : http://www.erepublik.com/fr/referrer/Tizz
Cela m’aidera personnellement (^^) et surtout me permettra de suivre votre évolution et ainsi vous aider, vous conseiller.

Liens

IRC (irc.rizon.net) : Quelques salons

  • #eFrance : salon global de la communauté française
  • #eFrance.ecole : salon d’aide
  • #Gouv.FR : le salon du gouvernement français
  • #MinSol : Ministère de la Solidarité

En plein délire

Écrit par – 1 août 2010

A peine désavoué par le Conseil Constitutionnel [1], Nicolas Sarkozy semble pourtant toujours ignorer l’existence de cette juridiction.

Vendredi 30 juillet, lors de son discours de cérémonie à l’intronisation du nouveau Préfet de l’Isère, il déclarait [2] :

« La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou de toute personne dépositaire de l’autorité publique. »

Ce qu’il propose là est tout simplement impossible, au regard de la loi française, de la Constitution française et du « droit » international.

En effet, une telle loi viserait donc à proposer une peine différente selon que le délinquant est ou non d’origine étrangère. Déjà, pour définir juridiquement « d’origine étrangère », c’est coton. Ensuite, l’article premier de la Constitution Française dispose :

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, ou de religion. [...]

ÉGALITÉ DE TOUS LES CITOYENS SANS DISTINCTION D’ORIGINE. On dirait que le 4 octobre 1958, Yves Guéna et Michel Debré ont pensé à l’éventualité qu’un Président ultérieur ait l’idée totalement absurde de proposer des lois d’extrême-droite parce qu’il sent son mandat se casser complètement la gueule.

Ensuite, en ce qui concerne la loi. Le Code civil permet effectivement de déchoir un individu de sa nationalité française. Il s’agit des articles 23-7, 23-8 et 25 du Code civil, qui prévoient alternativement :

  • Art. 23-7 : Le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, par décret après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français.
  • Art. 23-8 : Perd la nationalité française le Français qui, occupant un emploi dans une armée ou un service public étranger ou dans une organisation internationale dont la France ne fait pas partie ou plus généralement leur apportant son concours, n’a pas résigné son emploi ou cessé son concours nonobstant l’injonction qui lui en aura été faite par le Gouvernement.
  • Art. 25 : L’individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride :
    1° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ;
    2° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le chapitre II du titre III du livre IV du code pénal ;
    3° S’il est condamné pour s’être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national ;
    4° S’il s’est livré au profit d’un État étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France.

Bien sûr, c’est l’article 25 qui est le plus intéressant ici. Vous noterez le passage souligné. L’article 25 condamne en fait les actes de terrorisme, d’espionnage militaire, d’atteinte à l’administration publique commise par des personnes exerçant une fonction publique… On remarque que cette disposition ne parle pas du tout du cas où la personne serait « d’origine étrangère », mais seulement du cas où la déchéance aurait pour résultat de rendre la personne apatride. En d’autres termes, si elle dispose ou non d’une double nationalité.

Car on ne peut pas choisir d’être apatride, pas plus qu’il est possible pour un Gouvernement de rendre apatride un individu. En effet, la personne se retrouverait en situation irrégulière, donc susceptible d’éloignement. Problème, où faut-il envoyer le charter ? On parachute les délinquants dans les eaux internationales ?

C’est d’ailleurs prohibé par le droit international. J’ai utilisé des guillemets au début de ce billet car il ne s’agit pas d’une « véritable » norme juridique, elle n’a pas de portée juridique réelle. Il s’agit de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1958, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies (résolution 217 A III). Et que dit cette Déclaration ?

Article 15 : Tout individu a droit à une nationalité.

Certes, la Déclaration n’a pas de force obligatoire, elle ne lie pas les États signataires, mais on imagine mal la France violer de façon si évidente un texte adopté par l’AG des Nations Unies, surtout celui-ci.

Bref, il est absolument évident qu’une loi telle que celle appelée de ses vœux par le Président Sarkozy n’aurait pas la moindre chance de passer, parce qu’elle est dans son principe inconstitutionnelle et inconventionnelle (le contrôle de conventionnalité appartenant au juge ordinaire).

Personne n’ignore que Sarkozy n’a proposé ceci que dans le but de racler les fonds de tiroirs de l’extrême-droite ; il est encore persuadé que c’est ça qui l’a sauvé en 2007. Mais à part les débiles légers, je me demande sincèrement qui il est susceptible de convaincre. L’avantage, c’est qu’on est à peu près certain de changer de Président en 2012.

NB : Xavier Bertrand aurait déclaré hier au Monde : « Nous sommes assurés de la validité des amendements que nous présenterons » [3]. Question à 2000€ : ILS FUMENT QUOI LES MECS ?!

  1. En effet, et contrairement à ce qu’on a pu lire dans la presse,  il s’agit bien d’un désaveu : le Gouvernement avait exhorté le Conseil à faire déclarer constitutionnels les articles déférés, notamment parce que selon lui, ce dernier s’était déjà prononcé sur les articles du CPP relatifs à la GAV. []
  2. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/31/97001-20100731FILWWW00318-nationalite-amendements-a-une-loi.php []
  3. http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2010/08/01/hortefeux-veut-etendre-les-possibilites-de-decheances-de-nationalite_1394577_3224.html []

La garde à vue en France est abrogée

Écrit par – 30 juillet 2010

C’était la décision du Conseil Constitutionnel en matière de question prioritaire de constitutionnalité (QPC) la plus attendue.

En effet, le nouvel article 61-1 de la Constitution (issu de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, entrée en vigueur au 1er mars 2010) permet dorénavant aux justiciables de saisir les Sages pour contester la constitutionnalité des lois en vigueur (contrôle a posteriori, qui est une nouveauté puisqu’avant seul un contrôlé a priori était possible). Bien évidemment, les avocats se sont engouffrés dans la brèche et se sont dépêchés de faire pleuvoir les QPC rue Montpensier.

C’est aujourd’hui que le Conseil Constitutionnel rend publique sa décision n°2010-14/22 QPC, relative à la GAV, après avoir entendu les plaidoiries le 23 juillet [1]. Pour faire simple, de nombreux avocats issus de barreaux différents ont tous posé la même question, relayées par la Cour de Cassation comme le veut la nouvelle procédure, et le Conseil a décidé de joindre ces procédures, ce qui est logique et est toujours la règle dans ce cas de figure.

La garde à vue actuellement

Le Conseil Constitutionnel commence par rappeler les conditions actuelles de la GAV en France : elle est décidée par un officier de police judiciaire (OPJ) qui doit en informer le Parquet et énoncer ses droits au gardé à vue (médecin, proche ou employeur prévenu, nature de l’infraction dont il est soupçonné être l’auteur communiquée, ce qui est une condition de la GAV…). Mais bien entendu, le gros des débats s’est orienté sur l’intervention de l’avocat ; aujourd’hui, la personne gardée à vue n’a le droit de s’entretenir avec son avocat que pendant 30 minutes (et 30 minutes supplémentaires en cas de prolongation) et l’avocat n’a pas le droit d’accéder au dossier et n’a pas le droit d’assister aux interrogatoires (art. 62 CPP), alors que paradoxalement, l’avocat doit impérativement être présent lors d’un interrogatoire par un juge d’instruction qui est pourtant un magistrat indépendant, ce qui est loin d’être le cas de l’OPJ. Ce sont les articles 63-1 à 63-4 CPP ; à noter que le CC distingue logiquement les deux cadres qu’enquête, la flagrance et l’enquête préliminaire (pour la GAV, respectivement art. 63 et 77 CPP).

Conséquence du cadre légal actuel, l’avocat est relégué au rang de nounou. Comme l’ont rappelé les avocats dans leurs plaidoiries (dont certaines valent le coup d’oeil), l’avocat ne peut que rassurer son client, l’informer qu’il a le droit de garder le silence, ce que les policiers se privent bien de faire, et espérer qu’il n’est pas déjà trop tard. De toutes façons, impossible de le vérifier : n’ayant pas accès au dossier, l’avocat ne sait pas ce que son client a pu déclarer aux policiers auparavant. En bref, le gardé à vue, sous pression, pas lavé, fatigué, peut rapidement craquer et s’accuser du pire, simplement pour que la GAV cesse enfin. Comme il l’a été également rappelé dans lesdites plaidoiries, il est fréquent qu’un gardé à vue ne fasse simplement pas usage de son droit à voir un avocat car il sait que de toutes façons ça ne lui servira à rien et que cela ne fera que ralentir toute la machine policière (le temps d’appeler la permanence, que l’avocat arrive sur place…).

L’argument est clair : si l’avocat pouvait assister son client tout au long de la GAV, cela n’irait que dans l’intérêt général. On n’aurait même plus besoin d’enregistrer les interrogatoires (obligatoire pour les mineurs ou si les faits reçoivent une qualification criminelle, enfin, quand le caméscope marche quoi), l’avocat pouvant alors servir de caution et témoigner – dans le cadre déontologique bien sûr – que la GAV s’est déroulée dans le respect des droits de la défense.

Les revendications présentées

Les requêtes ont porté sur plusieurs points.

Tout d’abord, les conditions matérielles de la GAV seraient en contradiction avec la dignité de la personne humaine. Les avocats font ici référence à l’état des cellules de GAV, l’impossibilité de prendre une douche parfois pendant deux jours entiers et autres réjouissances.

Ensuite, ils soulignent le fait que la GAV est décidée de manière unilatérale par un OPJ, qui n’est autre qu’un policier ou un gendarme un peu gradé (grosso modo, pas stagiaire quoi). L’OPJ n’est pas une autorité judiciaire indépendante, et pourtant il peut décider de la privation de liberté d’un individu. Cela contreviendrait à l’article 9 de la DDHC (valeur constitutionnelle bien sûr) qui prohibe « toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de la personne arrêtée » et au principe selon lequel l’autorité judiciaire est la gardienne des libertés individuelles. Certes, la GAV est « en théorie » soumise au contrôle du Procureur de la République, mais la CEDH a l’année dernière considéré que le Procureur en France n’était pas une autorité judiciaire indépendante car hiérarchiquement rattaché au pouvoir exécutif (arrêt Medvedyev, Grande Chambre CEDH, 29 mars 2010).

Enfin, et c’est là le cœur de l’argumentation, la législation actuellement en vigueur viole largement les droits de la défense, pourtant garantis par les articles 9 et 16 de la Constitution, en ce que l’avocat n’a aucun rôle effectif dans la GAV (entretien 30 minutes, accès refusé au dossier et non notification du droit de garder le silence) ce qui conduit à des dérives certaines (auto-incrimination sous la pression, OPJ qui s’amusent à modifier les déclarations du gardé à vue qui signe pourtant le PV sans sourciller parce qu’à la fin il ne sait même plus ce qu’il signe…). [2].

Précisions complémentaires

Concernant la criminalité organisée

Les requérants avaient également déféré les articles de la GAV relatives à la criminalité organisée, qui permettent de repousser l’intervention de l’avocat à la 48ème heure et une prolongation jusqu’à 96 heures de GAV (terrorisme, trafic d’armes ou de stupéfiants à grande échelle…). Cependant, ils se sont ici cassés les dents sur les conditions mêmes de la QPC qui exigent que les dispositions déférées n’aient pas déjà été déclarées conformes à la Constitution dans une décision antérieure ou qu’il y ait eu un changement de circonstance. Il s’agit ici des articles 63-4 al. 7 et 706-73 CPP qui ont déjà été déclarés conformes dans une décision DC du 2 mars 2004 [3].

Moyens de défense du Gouvernement français

Le Gouvernement – défenseur dans l’histoire – avait également objecté cette fin de non-recevoir relative à une supposée déclaration antérieure de conformité concernant la totalité des dispositions déférées. Il se réfère pour cela à une vieille décision DC du 11 août 1993 et où selon lui les Sages auraient déjà déclaré conformes les articles 63, 63-1, 63-4 et 77 CPP. Le Conseil ne le conteste pas, en revanche, il renvoie le Gouvernement dans les cordes lorsqu’il arrive à la seconde condition : le changement de circonstance depuis la décision invoquée.

En effet, selon le Conseil Constitutionnel, depuis cette fameuse décision de 1993, la pratique de la GAV a fortement changé. Le Conseil relève que la GAV a connu un formidable essor et que son importance dans le procès pénal est aujourd’hui absolue (notamment considérant le fait que 97% des procédures se passent d’instruction, donc de juge d’instruction, laissant toute latitude à l’OPJ et au Procureur de diriger l’enquête). Cette inflation formidable est également accentuée par le fait que, relève le Conseil, le nombre d’OPJ a été doublé depuis 1993 (de 25 000 à plus de 50 000), non pas car il y a plus de policiers, mais parce que les conditions requises pour avoir le statut d’OPJ (et donc décider de mesures coercitives contre les personnes, comme la GAV) ont été considérablement allégées ; le CC cite un tas de dispositions législatives à l’appui.

Dans ses considérants 17 et 18, le Conseil relève donc « que ces modifications ont conduit à une réduction des exigences conditionnant l’attribution de la qualité d’OPJ aux fonctionnaires de police et de gendarmerie ; [...] ces évolutions ont contribué à banaliser le recours à la GAV, y compris pour des infractions mineures , qu’elles ont renforcé l’importance de la phase d’enquête policière [...] « .

Le Conseil conclut donc à un changement de circonstance, ouvrant la voie à une QPC en bonne et due forme relativement aux articles de la GAV de droit commun (la principale).

Décision principale du Conseil Constitutionnel

(Amis étudiant, cette partie vous ferait un superbe grand II dans un éventuel commentaire d’arrêt.)

Concernant la dignité

Le Conseil reconnaît que le respect de la dignité est une exigence constitutionnelle (Préambule de 1946), et que cette exigence pèse sur les autorités judiciaires, toutefois les textes applicables ne portent pas atteinte en eux-mêmes à la dignité humaine. En résumé, ce n’est pas le CPP qui impose d’avoir des cellules de GAV mal entretenues. C’est la pratique. Or la pratique n’est pas du ressort du Conseil Constitutionnel qui ne se penche que sur les textes en vigueur. En effet, ce genre de contestation (comme cela a été fait pour les conditions de détention « classiques ») se ferait plutôt devant un tribunal administratif puisqu’il s’agit ici de la responsabilité de l’État (et n’étant pas publiciste, je ne peux pas en dire plus).

Maintien de la GAV dans son principe

La question se posait naturellement, puisque la totalité des articles concernant la GAV étaient soumis aux Sages. En théorie, ils pouvaient donc purement et simplement décider que la GAV en elle-même était inconstitutionnelle, dans son principe. Bien sûr, ce n’est pas ce qui a été décidé,  car le Conseil Constitutionnel considère que la GAV dans son principe est nécessaire à la prévention des atteintes à l’ordre public et à la nécessaire recherche des auteurs d’infractions, même si celles-ci doivent être équilibrées avec les libertés constitutionnellement garanties, dont les droits de la défense (art. 16 de la DDHC). D’autre part, le Conseil juge suffisant le contrôle exercé par le Procureur de la République qui décide de la prolongation ou non, et qui peut décider de remettre la personne en liberté à tout moment.

Par ce considérant 26, le Conseil Constitutionnel se détache donc nettement de la position de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, ce qui ne manque pas de sel. Quoiqu’il en soit, une réforme du cadre de l’enquête est inévitable. Les Sages maintiennent donc la GAV dans son principe et ne la jugent pas contraire à l’art. 66 de la Constitution (détention arbitraire).

C’était plutôt prévisible. Même si l’OPJ présente réellement un risque d’arbitraire (c’est quand même relativement plus facile d’être flic que magistrat), le contrôle opéré par le Procureur serait donc suffisant. C’est peut-être très limite comme raisonnement – surtout à la lumière de la jurisprudence de la CEDH – mais c’était soit ça soit une abrogation pure et simple de la GAV, ce qui est impensable.

Abrogation du cadre légal

Et pourtant, ce sont bien les avocats qui gagnent à la fin. Le Conseil Constitutionnel a décidé d’accueillir tous les autres griefs, à savoir :

  • La mesure de la GAV est tout de même à l’initiative de l’OPJ seul ;
  • Pas d’assistance effective de l’avocat (et là le CC reprend les termes de la CEDH) notamment pendant les phases d’interrogatoires alors que rien ne le justifie et qu’il s’agit une règle générale s’appliquant à toutes les GAV, quelle que soit la gravité des faits reprochés ;
  • Aucune notification du droit de garder le silence.

Je ne peux que citer en conclusion le Considérant N°29 :

« Considérant que, dans ces conditions, les articles 62, 63, 63-1, 63-4 al. 1 à 6 et 77 du Code de procédure pénale n’instituent pas les garanties appropriées à l’utilisation qui est faite de la garde à vue compte tenu des évolutions précédemment rappelées ; qu’ainsi, la conciliation entre, d’une part, la prévention des atteintes à l’ordre public et la recherche des auteurs d’infractions et, d’autre part, l’exercice des libertés constitutionnellement garanties ne peut plus être regardée comme équilibrée et que, par suite, ces dispositions méconnaissent les articles 9 et 16 de la Déclaration de 1789 et doivent être déclarées contraires à la Constitution. »

C’est beau comme du Verlaine, n’est-ce pas ?

Les articles de la DDHC visés sont ceux relatifs à la présomption d’innocence et aux droits de la défense.

Mise en pratique de cette abrogation

Bien entendu, la GAV n’est pas inconstitutionnelle ce soir à minuit, après publication au Journal Officiel. Même si, en principe, elle le devrait. La QPC doit normalement s’appliquer aux dossiers qui l’ont soulevée. Or, le Conseil Constitutionnel refuse ici d’y faire droit en arguant d’un principe bien connu des publicistes, les « conséquences manifestement excessives ».

Mes compétences en droit public étant limitées, je ne peux pas expliquer en détails ce que cela signifie, mais en gros le Conseil refuse la rétroactivité de principe car cela créerait trop de problèmes. Merci bien d’avoir attiré notre attention sur le problème de la GAV qui est bien inconstitutionnelle, mais on va garder ça pour plus tard, vous, vous restez en GAV pour l’instant. D’ailleurs en droit pénal, si les GAV à l’origine des dossiers de QPC d’aujourd’hui étaient annulées, il faudrait barrer absolument toute la procédure conséquente et tous les dossiers concernés partiraient à la poubelle.

D’autant plus que, bien sûr, interdire la GAV à partir de ce soir et en attendant que le Gouvernement concocte un nouveau régime serait tout simplement dramatique ; on ne conteste pas que la GAV dans son principe est nécessaire à une enquête de police.

C’est pourquoi le Conseil décide de rendre effective cette abrogation seulement le 1er juillet 2011 – toutes les GAV décidées jusqu’à cette date fatidique restent constitutionnelles. Même si elles ne le sont pas, en fait. C’est beau le droit, non ?

Soulignons tout de même l’abnégation des avocats qui démontrent de la plus belle manière l’importance que revêt un contrôle constitutionnel a posteriori.

C’est ici tout l’édifice de la garde à vue à la française qui s’effondre. Dansons sur les ruines !

NB : Je grille Eolas et publie mon commentaire avant lui ! Qu’est-ce que c’est bon d’être un étudiant en vacances, et non pas un avocat débordé de taffe. :p

NB2 : J’ai truffé cet article de mots-clés destinés à amener des étudiants devant faire un commentaire d’arrêt de cette décision sur mon blog. Je suis démoniaque. :p

  1. Visionnables en streaming ici. []
  2. Précision : je ne suis pas avocat, je ne suis qu’étudiant et n’ai donc aucune expérience de la GAV – ce que je rapporte ici est issu du fruit de mes lectures et des plaidoiries des avocats qui peuvent être visionnées en streaming sur le site du Conseil Constitutionnel. []
  3. A  l’époque, un contrôle en amont, il s’agissait de modifications législatives classiques. []

A propos de la tauromachie

Écrit par – 28 juillet 2010

C’est fait, le Parlement Régional Catalan vient de voter l’interdiction de la corrida en Catalogne, à une majorité de 68 voix contre 55 (Rue89). Comme très souvent, cela relance à nouveau le débat en France, et comme à chaque fois, on entend les mêmes arguments qui se résument peu ou prou à l’Art contre la Boucherie.

Mes opinions concernant la corrida sont arrêtées depuis très longtemps et ne sont pas par ailleurs surprenantes : quand il est question de jouer avec la mort d’un animal, je suis contre, quelles que soient les justifications – tradition, histoire, identité locale, art de vivre. Comme dirait un bon ami ricain : bullshit! [1]

La tradition est l’argument #1 des défenseurs de la corrida. Suit ensuite la pseudo-passion pour l’animal lui-même : voyez-vous, le taureau (race unique, qui viendrait à disparaître en cas d’interdiction totale, on n’a vraiment pas besoin de ça en ce moment ma bonne dame !) est traité comme un seigneur pendant sa (courte) existence, mieux que n’importe quel autre bovin issu d’une exploitation classique. Cela lui donne donc de facto le droit de se faire trucider devant une foule en délire après une heure de jeu sanglant.

Sincèrement, on croirait entendre les chasseurs qui nous assurent qu’ils sont des amoureux de la nature, et que tuer des canards sauvages au 22 long rifle en pleine période de reproduction, c’est encore le meilleur moyen de les protéger.

C'est pas bien de jouer avec la nourriture

Je sais ce que me répondrait le premier partisan de l’arène venu : je n’y connais rien, je suis donc irrecevable à formuler le moindre argument allant à l’encontre de ses convictions. C’est bien mal me connaître, j’adore me mêler de ce qui ne me regarde pas.
Mais soyons clair : j’opposerais tout de suite une fin de non-recevoir s’appuyant sur le deuxième paragraphe de ce billet. Je vais le répéter lentement en articulant : la tradition ou l’art de vivre ne sont rien quand il s’agit de la vie d’un être vivant. Vous pouvez objecter tout ce qui vous plaira, rien de ce qui fait votre patrimoine culturel ne vous donne droit de vie ou de mort sur un animal. Philosophiquement parlant, on peut accepter de mettre à mort un animal – dignement, ce qui n’est pas le cas de la tauromachie où la mort de l’animal est de l’ordre du divertissement – pour des besoins alimentaires, car, que cela me plaise ou non, l’homme est ainsi fait et doit s’alimenter de viande.
Lorsqu’il est question de jouer avec l’animal, de lui planter des banderilles dans les épaules pour lui faire perdre du sang, et ainsi l’affaiblir, avant de l’achever à l’arme blanche, pour ensuite traîner la dépouille couverte de sang, de sueur et de sable hors de l’arène, cela n’a rien à voir avec les nécessités alimentaires, et ce contrairement à ce que j’ai pu lire de ci de là sur Internet comme « militer contre la corrida et manger de la viande, c’est de la mauvaise foi absolue ». L’homme mange de la viande depuis la nuit des temps – bien avant la découvert du feu, c’est dire – alors que jouer avec la nourriture, beaucoup moins (en plus on apprend ça en maternelle !). Sans compter que les actes perpétrés dans une corrida vaudraient à leurs auteurs d’être passibles de l’article 521-1 du Code Pénal (sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux) en dehors de ladite arène. La tradition n’est qu’un motif d’immunité pénale (c’est d’ailleurs pour cela qu’il est impossible d’organiser une corrida en Normandie par exemple).

Il est également lassant de voir sans cesse les mêmes arguments revenir, du genre (tiré de commentaires sur Rue89) :

« Si tous les détracteurs de la corrida se posaient quelques simples questions sur l’origine de la viande d’élevage qu’ils consomment chaque jour, ce serait très amusant de découvrir leurs réponses. »

Mais ce n’est pas le débat, mon pauvre ami. Ici on ne discute pas des conditions de l’élevage bovin en France (même si, oui, cela mérite peut-être un débat à part entière). La question est ici de la cruauté, avouée ou non, qui est inhérente à la tauromachie. Lors de vacances à Bayonne, en pays basque, j’ai eu l’occasion d’assister à une corrida. J’avais à peine 12 ou 13 ans. Je suis peut-être sentimental, mais le spectacle qui m’a été donné de voir était insoutenable pour moi. Je ne comprenais pas que l’on puisse faire de la souffrance animale un spectacle. Et dire que certains parlent de l’ « honneur » avec lequel le taureau est mis à mort…

Un combat, me direz-vous. Il est où le combat, lorsque l’on sait à l’avance qui va gagner ? Ah oui, je sais, il y a… 57 matadors qui sont morts sous les cornes des taureaux en corrida depuis le… XVIIIème siècle [2]. Comparé au nombre de corridas qui ont eu lieu depuis 350 ans, les paris sont relativement faciles à déterminer dans une arène. Si au moins les toréadors devaient se battre à mains nues, l’issue du combat serait pourtant d’autant plus intéressante.

Moi je suis pour que l’on rétablisse les jeux du cirque. Au moins, les jeux du cirque à la romaine, ça serait une tradition qui aurait de la gueule. Je ne vois pas ce que cela aurait de choquant : deux individus parfaitement d’accord pour se taper dessus, dans un combat à mort. Pour pimenter le tout, on a qu’à permettre ce genre de combat à des détenus en centre pénitentiaire,  et le vainqueur verrait sa peine commuée, liberté conditionnelle immédiate, et tout et tout. Et on pourrait aussi ajouter quelques fauves, ce qui permettrait dans le même temps de sauvegarder quelques magnifiques races de lions et de tigres (ou d’ours, dont on vient justement de stopper le programme de réintroduction). Ou alors, juste pour achever les blessés quoi.

On sous-estime la vertu de catharsis des jeux du cirque. C’est vraiment dommage des traditions ancestrales qui se perdent comme ça.

  1. La traduction me paraît ici évidente. []
  2. Voir cette liste, qui me donne presque les larmes aux yeux tellement c’est beau []

La liberté a-t-elle des limites ?

Écrit par – 26 juillet 2010

Une fois n’est pas coutume, j’ai été choqué par un article d’Eolas. Un article sur la récente pénalisation de l’outrage au drapeau (décret n°2010-835 aux termes duquel dorénavant l’outrage au drapeau constitue une contravention de la 5ème classe, soit jusqu’à 1500 voire 3000€ d’amende).

Certes, il s’agit en apparence d’un décret à effet d’annonce, car il a été promulgué suite au scandale consécutif à un concours photo organisé par la Fnac de Nice, sur le thème « Politiquement incorrect », et où le premier prix a été remporté par la photographie d’un individu se frottant le derrière avec le drapeau français. Je dis « en apparence » parce que s’il m’arrive d’être agacé par des lois et règlements parfaitement inutiles sur un plan autre que médiatique, en revanche, il m’arrive aussi de considérer que des évènements du quotidien peuvent justifier une modification judicieuse du paysage légal et réglementaire. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’une loi ne sort pas de nulle part qu’elle est inutile.

Encore une fois, il est très difficile de prendre parti sur un tel sujet pour adopter la position opposée à celle majoritairement acceptée sans être taxé de patriote nationaliste.

Je reconnais parfaitement l’argument d’Eolas :

Et à tous les patriotes qui viendront me dire que la liberté d’insulter le drapeau ne mérite guère de protection et que la face du monde ne sera pas changée par ce décret, je rétorquerai qu’il n’y a pas de liberté d’insulter le drapeau : il y a la liberté, point. Et que c’est un bout supplémentaire qu’on rabote, sans que rien ne le justifie, si ce n’est la volonté de bomber le torse et de se frapper la poitrine comme un Oran-Outang face… à une exposition de photographes amateur dans un grand magasin de Nice. Est-ce de cela que vous acceptez de laisser dépendre votre liberté ? Trouvez-vous normal que l’Etat, dont le rôle est de défendre votre liberté, vous interdise d’en faire usage parce que ça colle bien avec sa communication électorale ? La face du monde ne sera pas changée, non, mais la surface de votre liberté, oui. Tout le monde n’est pas obligé d’avoir une mentalité de valet.

Mais je désapprouve fortement le raisonnement. Je ne m’attarderai pas plus sur la méthode rhétorique qui consiste à dénigrer d’emblée quiconque aurait un avis contraire ; ici, en l’occurrence, il serait impossible d’approuver un tel décret sans être qualifié de « valet ». S’il s’agit de valet de la République, alors je signe tout de suite.

Je pense que le débat se situe encore une fois à un mauvais niveau. Déjà, je ne comprends pas comment une telle photo a pu être primée. C’est ça, le politiquement incorrect aujourd’hui ? Se torcher avec le drapeau ? Adieu critiques construites, révolte intelligente, débats ouverts, faites place à… la provocation, la provocation absolue et gratuite. En toute honnêteté, je ne comprends absolument pas le message délivré par une telle photographie, si ce n’est « la République française ne mérite aucun respect ». Il n’y a strictement rien à en tirer, et pourtant nombre de commentateurs n’hésitent pas à en tirer un message politique voire philosophique. Et de crier à l’assassinat de la liberté lorsque l’on souhaite réprimer la chose alors que c’est l’Art en premier lieu qui serait sauvé en l’espèce. Mais soit.

Eolas, lui, cite volontiers la DDHC 1789, articles que je reproduis ici :

Article 4 – La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Article 5 – La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Article 11 – La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Il faut d’emblée préciser que par « Loi », la DDHC n’opère pas la summa divisio classique loi / règlement (articles 34 et 37 de la Constitution de 1958). Selon la DDHC, il est donc possible de limiter la liberté de chacun s’il s’agit d’ « actions nuisibles à la société » ou d’ « abus de [la] liberté ». Je ne vois pas en quoi le décret sur l’outrage au drapeau contrevient à de telles dispositions. Tout est affaire de perspective. D’ailleurs, Eolas ne nie même pas que le Conseil Constitutionnel n’aurait rien à y redire (le même Conseil Constitutionnel encensé par Eolas dans un article plus récent, s’agissant d’un juge judiciaire qui n’hésite pas à biffer des articles entiers du CPP).

La question est simplement de savoir si outrager le drapeau constitue un usage acceptable de la liberté… d’expression ? Ah, j’oubliais, pour Eolas, il n’existe qu’un seul type de liberté. Exit liberté d’expression (puisqu’il s’agit bien de cette liberté en l’espèce, étant  donné que c’est la diffusion de l’outrage qui est dorénavant réprimé), il n’y a que la Liberté (notez le L). Et cette Liberté ne souffre pas que l’on décide de préserver quelques uns des emblèmes de la République, ces emblèmes pour lesquels des millions d’hommes et de femmes se sont sacrifiés, et cette République dont on est si fier en France. Non, vraiment, nous sommes la patrie des droits de l’Homme, au mot France on associe immédiatement le mot République, et pourtant ceci a l’air inconciliable.

Il est assez douloureux de penser qu’autrefois des jeunes hommes se sont jetés, hurlant, hors de leurs tranchées, drapeau français brandi, pour se faire hacher par la mitraille allemande, et que 90 ans plus tard, l’on s’offusque du fait que l’on ose supprimer le droit de se torcher le cul avec le même étendard. Non, le patriotisme, la fierté d’appartenance à la plus profonde Nation du monde, c’est dépassé aujourd’hui. C’est beaucoup plus intéressant de brandir les Droits de l’Homme à tout bout de champ, oubliant que ces Droits souffrent d’exceptions, pour éviter justement d’oublier l’origine même de ces Droits.

Je suis navré qu’Eolas associe tout cela avec la supposée communication électorale du Gouvernement, alors que ce décret a été publié au JO en toute discrétion : je n’en ai entendu parler dans aucun média national, si ce n’est un article de 15 lignes sur Lemonde.fr. Dans le genre stratégie médiatique, on a déjà vu mieux de la part du Gouvernement. Serait-il vraiment trop difficile d’imaginer qu’il puisse s’agir pour une fois de vouloir s’engager plus avant dans l’identité nationale, parce qu’il est concevable que l’on puisse juger qu’il y a des emblèmes (comme un drapeau, un hymne) qui se trouvent au-dessus de la simple liberté d’expression, a fortiori lorsque l’on voit l’usage qu’il est fait de cette liberté d’expression.

Oui, on a peut-être la liberté que l’on mérite, au fond. Peut-être qu’à force de jouer de provocation stupide, il est logique qu’on nous retire certains droits.

La Joconde est certainement bien plus agréable à admirer sans son vitrage blindé, pourtant, on est obligé de lui coller une vitre parce qu’il y a des cons qui collent leur chewing-gum dessus. Peut-être que la liberté d’expression aurait eu plus d’éclat sans ce fameux décret, mais que ce décret s’avère pourtant nécessaire parce qu’il y a toujours des cons qui croient faire un usage intellectuel et politique de cette liberté.

La jeunesse qui s’est fait massacrer en 1914 pour défendre la France n’est certainement pas celle d’aujourd’hui.

13€ de trop pour Nancy 2

Écrit par – 21 juillet 2010

13€, c’est selon l’UNEF, le trop-plein payé par les étudiants de Nancy 2 pour l’année 2010 / 2011, ce qui place l’université à la 21ème place sur les 28 universités responsables de « frais illégaux ou de pratiques à la limite de la légalité ».

J’aime cette expression « à la limite de la légalité », comme si entre légalité et illégalité, il y avait une certaine zone grise, où on n’était déjà plus dans la légalité, mais sans être tout à fait dans l’illégalité, le répréhensible.

En effet, selon l’UNEF, les étudiants de Nancy 2 payeraient 10€ de plus que les droits d’inscriptions nationaux, et les étudiants boursiers 10€ également au titre de la redevance sportive, redevance sportive qui concernerait également les étudiants à partir du Master à hauteur de 3€. Donc un total de 13€ (pour les chanceux comme moi, en master et non boursier).

Comparé aux 2261,5€ de trop pratiqués par l’Université de Pau, ou les 1900€ de Grenoble 2 (on comprend maintenant ce qui pousse certains jeunes à braquer des casinos et tirer sur la BAC avec des armes de guerre), je trouve que cela reste raisonnable. Et quoi qu’il en soit, je suis certain que notre bien-aimé nouveau Doyen va remédier à cette indigne « illégalité » !

NB : Le rapport complet (PDF) est disponible ici.

Histoire d’une vocation

Écrit par – 17 juillet 2010

C’est une question que l’on me pose souvent. “Et pourquoi pas juge ? C’est mieux, juge.” Probablement parce que quand tu es juge, c’est toi qui décides. Les gens ont toujours tendance à penser que le magistrat est supérieur à l’avocat parce que c’est lui qui décide, c’est lui qui a le dernier mot. Pourtant, inexplicablement, je me souviens être attiré par le métier d’avocat depuis l’enfance, sans que ce soit une histoire de prestige ou de possibles rémunérations (qui sont en réalité bien surfaites dans l’esprit de tout un chacun, en particulier en ce qui concerne les avocats pénalistes).

Je sais que j’ai eu la chance incroyable de voir ma vocation confortée, renforcée, par l’expérience du métier que j’ai pu avoir par l’intermédiaire de mes études. Voir des avocats au travail en assises ou en correctionnel m’a enthousiasmé ; j’en ai vu des mauvais et des très bons. J’ai pu constater quelque chose que je soupçonnais sans vraiment le réaliser : l’importance de l’avocat dans le procès pénal et surtout l’impact décisif que son travail et son talent peuvent avoir sur son issue. J’ai également eu la chance d’aimer très vite mes études, jusqu’à les adorer, aimer la faculté, ses profs, ses méthodes de travail. J’ai l’impression que tout me correspond parfaitement. On sous-estime souvent l’importance que peut revêtir le sentiment profond d’être à sa place.

Ce qui étonne aussi souvent les gens, c’est la vocation pour le pénal. Il est vrai que ce n’est pas la branche du droit qui nourrit le mieux (pensez aux avocats d’affaires…). Si le pénal est loin de rivaliser en termes de rémunération avec d’autres branches plus « commerciales », en revanche, je pense véritablement que c’est la branche des vocations. Pourtant,  si c’est souvent l’avocat pénaliste qui est présent dans l’imaginaire collectif, si c’est lui qui est l’objet de nombreuses vocations, beaucoup d’étudiants changent finalement d’optique en cours de route en arrivant à la faculté, car on y découvre alors qu’il n’y a pas que le pénal dans la vie.

Pourtant, c’est bien dans le droit pénal que se manifeste de la manière la plus évidente la mission première de l’avocat : défendre. Seul contre tous, contre le Ministère Public dont le seul but est d’incriminer à tout prix, contre la partie civile pour laquelle on n’est jamais assez condamné, contre l’opinion publique qui laisse trop souvent parler ses émotions et qui n’appelle qu’à la vengeance du bras armé de la Justice. Contre tout cela, peut-on encore avoir des difficultés à comprendre que les accusés doivent être défendus ? Les droits de la défense doivent être appliqués, quel que soit l’odieux du crime. Respecter les principes fondamentaux, les droits de l’Homme, c’est maintenir une part d’humanité, même dans le plus insoutenable. Nier ces droits, c’est déjà atteindre l’Etat de droit, c’est s’abaisser plus bas que le plus bas des criminels.

La procédure est le dernier, l’ultime rempart contre l’arbitraire. Et la procédure, c’est le bastion de l’avocat. C’est à lui qu’appartient de soulever ce qu’on appelle les exceptions de procédure. Il est très improbable qu’un Procureur remette en question une GAV ou conteste une détention provisoire. Tout repose sur la Défense, autrement dit sur l’avocat.

Je ne pourrai que citer Eolas : « L’avocat est un juriste, un procès est une affaire de droit, et uniquement de droit. Pas de morale. » « La procédure, c’est le siège des libertés ; c’est la procédure qui protège les droits, pas leur proclamation grandiloquente sur les frontispices des monuments. » Un bon juriste, et surtout un bon pénaliste, ne doit donc avoir aucune peine à défendre même quelqu’un qu’il sait coupable du plus odieux des crimes. Un bon avocat ne se retire jamais d’un dossier pour des problèmes de conscience. Pourquoi ? Car un avocat ne défend pas sa thèse. Il défend la thèse de son client, qui reste toujours en dernier lieu le meilleur axe de défense, ou alors le moins pire.

J’ai toujours pensé que le procès était une bataille. Et que le juge n’est qu’un arbitre. C’est pour cela que je trouve le statut de l’avocat infiniment plus intéressant. C’est dans cette bataille que son talent s’affirme. L’issue du combat ne dépend que de ses aptitudes, son intelligence, sa connaissance du droit. Son expérience aussi. Je suis persuadé que l’idée de challenge revêt une grande importance. Tout avocat pénaliste devrait avoir un certain esprit compétiteur. La rage de vaincre.
C’est réellement là qu’est tout l’intérêt et toute la beauté d’une telle profession. Le juriste est quelqu’un qui passe sa vie à lire et à écrire. Manier la langue, s’en servir, tout aussi bien que la parole. Relisez le ‘J’accuse’ d’Émile Zola et vous connaîtrez le pouvoir des mots, et c’est justement dans le prétoire que ce pouvoir s’affirme le mieux. Ce n’est pas au juge que l’on demande de l’éloquence, de l’esprit : c’est à l’avocat. Sa seule arme, ses mots.

Si un jour notre Etat devient totalitaire : écoutez les avocats. Ils ne sont à la solde de personne, ne dépendent de rien. Ils sont souvent de grands intellectuels. Ce sont les avocats qui protestent les premiers contre l’arbitraire, contre l’injustice, et peu importe qu’elle soit étatique. Qui a déposé la première QPC en France ? Un avocat, sur le statut des gens du voyage. Qui a toujours lutté contre les conditions de la garde à vue ? Encore les avocats : c’est d’ailleurs grâce à eux que les différents articles du CPP relatifs à la GAV (et notamment sur le rôle de l’avocat en GAV) sont soumis en ce 20 juillet 2010 au Conseil Constitutionnel, après une autre procédure de QPC.

Croyez-vous que ces avocats ont quoi que ce soit à y gagner sur le plan matériel ?

Non, c’est simplement parce qu’ils ont les Droits de l’Homme chevillés au corps.

Sarkozy a dû manquer quelques TD de procédure pénale

Écrit par – 13 juillet 2010

Entretien présidentiel du 12 juillet 2010 (France 2, 20h30), à propos de l’attitude de M. Courroye (Procureur au TGI de Nanterre).

M. Sarkzoy : Maintenant que l’honnêteté de M. Woerth, le même juge devient quelqu’un dont la partialité…
M. Pujadas : Le même procureur…
M. Sarkozy : Pardon, c’est un magistrat, c’est un juge.

Et pourtant, M. Sarkozy est avocat. Cela ne l’empêche pas d’opérer une confusion grave qui vaudrait un 2/20 à n’importe quelle copie d’étudiant de première année qui oserait écrire une telle grossièreté.

Tout d’abord, M. Courroye n’est pas juge. Il est procureur de la République au Tribunal de Grande Instance de Nanterre. Il a été juge d’instruction au Pôle Financier entre 1999 et 2007. La confusion du Président vient sans doute du fait que juge (d’instruction ou non) et procureur sont tous deux des magistrats, c’est-à-dire des fonctionnaires appartenant à l’ordre judiciaire.

Malheureusement pour Sarkozy, il existe une différence abyssale : le procureur appartient à la magistrature du Parquet – dite « debout », car il requiert et ne prend la parole que debout, alors que le juge appartient à la magistrature du siège : il rend ses décisions assis. Et la différence est fondamentale, car si le juge est indépendant (le juge d’instruction ne rend des comptes qu’à la chambre de l’instruction), en revanche le procureur, qui représente le Ministère Public, est soumis hiérarchiquement et par essence à l’autorité de la Chancellerie, c’est-à-dire le Ministre de la Justice, membre de l’exécutif (et sous la Vème Rép., les ministres sont soumis à l’autorité du Président de la République).

Dommage que Pujadas n’ait pas insisté, rappelé que M. Courroye est bien procureur, donc soumis à l’exécutif (en plus d’être l’ « ami » du Président, selon ses propres mots), donc fort malvenu à mener des investigations dans l’affaire Bettencourt – mais ça, on en parle bien assez dans la presse pour qu’il soit inutile de l’aborder ici.

Une telle aberration vaudrait nettement un prix Busiris à son auteur, et en plus, bizarrement, ce serait son premier. Il faut avouer cependant, la bévue est tellement énorme que cela en deviendrait presque absurde. Par contre, pas sûr que l’immunité présidentielle n’empêche son éligibilité à un tel prix…